Philippe Breton, Eloge de la parole

La découverte

Vendredi 9 avril 2004, par Fabien Rohrhurst // Références

La communication non violente
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On retrouve ces différents éléments dans les propositions de marshall B. Rosenberg pour fonder une "communication non violente". Face à une situation violente, des interlocuteurs hostiles et menaçants par exemple, Rosenberg propose, dans une perspective très "rogerienne" (nom du psychologue Carl Rogers), d’adopter une stratégie de parole à quatre composantes. Cette stratégie pet permettre, selon l’auteur, de dénouer la situation et de diminuer la violence dont elle est porteuse.

La première composante consiste à "séparer l’observation de l’évaluation", afin de pas plaquer nos jugements sur la situation et de ne pas laisser croire à l’interlocuteur que nous jugeons son action, même si celle-ci est menaçante. La deuxième composante consiste à exprimer les sentiments que la situation provoque en nous, sans craindre de témoigner d’une certaine vulnérabilité.

La troisième composante : "identifier clairement les besoins" qui découlent des sentiments que nous ressentons dans cette situation. Quatrième composante, enfin : formuler sous la forme d’une demande que soient satisfaits les besoins que nous avons identifiés.

Ces quatre étapes concernent le destinataire de la violence en question, mais elles s’appliquent également à l’ agresseur, à charge pour le destinataire de l’aider à franchir ces étapes. On remarque que, face à la complexité d’une situation de communication violente, Rosenberg propose d’abord d’objectiver la parole de l’autre, comme manière de la respecter et de ne pas la juger. nous sommes là, pour reprendre nos propres catégories d’analyse, dans un mécanisme de "mise en information" et d’"objectivisation". Ensuite, il s’agit d’exprimer de la manière la plus authentique possible ce que nous ressentons dans cette situation. La troisième phase consiste en un passage intérieur, où nous formulons le plus clairement l’opinion que nous voulons défendre à ce moment précis. La quatrième phase consiste à proposer à l’autre de bonnes raisons de faire ce que nous souhaitons, le plus honnêtement possible, c’est à dire à argumenter.

Plus que l’inventeur d’une "méthode", Rosenberg peut être vu comme un très bon observateur des situations de violence et de la façon dont certains interlocuteurs arrivent à les dénouer. La parole set bien ici d’espace de transposition de la violence. Elle permet de passer d’une situation concrète de menace ou de violence physique, ou encore d’usage violent de la parole, à une situation où celle-ci se sépare, se diffracte nettement dans les trois formes qui permettent d’objectiver, d’exprimer, puis d’argumenter. De la parole indifférenciée comme source de violence à la parole différenciée comme support de ce pacification, voilà un bon exemple de déplacement majeur de ce que l’on peut faire avec la parole.